Ermont : ce documentaire de France 3 ouvre les portes de «la cité de l’espoir»

Ses créateurs ne l’envisageaient peut-être pas comme ça lors du tournage, mais ce documentaire de 52 minutes offre une véritable bouffée d’optimisme, respiration salutaire en cette période difficile. Le film « la Cité de l’espoir », diffusé ce lundi soir à 23h05 sur France 3 Paris Ile-de-France, dresse le portrait de jeunes d’Ermont en suivant les pas de trois éducateurs de rue, notamment dans les quartiers des Chênes et des Passerelles. La réalisatrice, Stéphanie Valloatto, en profite pour tordre le cou à de nombreux clichés sur une jeunesse souvent dévalorisée, mais pleine de ressources.

« L’idée : ne pas stigmatiser ces jeunes »

L’idée est née il y a maintenant cinq ans. Sorti en 2014, le précédent film de Stéphanie Valloatto, « Caricaturistes – Fantassins de la démocratie », présenté notamment au Festival de Cannes et nommé pour le César du meilleur documentaire, prend une nouvelle résonance après les attentats qui frappent la France. La documentariste le présente dans de nombreux établissements scolaires. « J’ai été assez choquée par ce que j’entendais sur les jeunes des quartiers, raconte-t-elle. De là est née la réflexion de faire un film avec l’idée de ne pas stigmatiser ces jeunes. »

Israa et Sabah Marouf. DR

Le concept devient réalité après la rencontre lors d’un déjeuner avec un ami comédien, qui lui présente l’éducatrice Sabah Marouf. « Nous avons discuté, et je me suis dit voilà, raconte la réalisatrice. L’angle choisi est de ne pas aller toujours dans les clichés, mais d’aller plus en profondeur dans les histoires. »

Le parcours de six adolescents

Après un casting réunissant quatorze jeunes d’univers complètement différents, Stéphanie Valloatto décide d’en suivre six, âgés de 12 à 22 ans.

Le film, soutenu notamment par la ville d’Ermont et le conseil départemental du Val-d’Oise, est lancé. Après des repérages, la réalisatrice qui a notamment fréquenté le lycée Van-Gogh-d’Ermont plonge en immersion dans les quartiers, pour décrire le quotidien de ces sujets.

Durant le tournage, en février-mars 2019 puis en septembre, elle vit même sur place. « On vivait au cœur des quartiers, raconte-t-elle. Les gens ont été vraiment accueillants. C’est vraiment un village. Ce que j’en retiens, c’est la solidarité. Il y a une vraie vie qu’on ne trouve pas partout, une mixité. »

Akram. DR
Akram. DR

Loin des a priori

Le résultat est bluffant. On suit le travail au long cours des éducateurs Sabah Marouf, Jérôme Carlier et Delphine Klatt, et le quotidien d’Al Assane, grand espoir de l’athlétisme, Akram, déterminé à devenir comédien et réalisateur, ou encore Elmano, désormais en cinquième année d’école d’ingénieur. On les voit dans leurs quartiers et à l’extérieur, en observant par exemple Sirine, incroyable d’énergie et d’humanisme faire des maraudes auprès de sans-abri à Paris, ou Akram suivre un cours à l’Actor Studio, prestigieuse école de comédie. « Ils sont tous vraiment incroyables », souffle Stéphanie Valloatto, qui éprouve pour eux « une affection particulière ».

Un coup de projecteur sur le métier d’éducateur

« C’est l’occasion de mettre en lumière notre métier, qui est souvent dans l’ombre et qui est l’objet de spéculation, glisse de son côté Sabah Marouf. On a parfois l’impression de se démener au quotidien et de ne pas être trop visibles. »

Durant le tournage, l’éducatrice qui exerce depuis onze ans, dont sept à Ermont, reconnaît avoir parfois oublié la caméra, même si elle gardait à l’esprit certaines interrogations. « On se demandait comment cela allait être perçu par la profession, par les jeunes ou encore leurs familles », explique la professionnelle, dont les doutes ont été levés lors d’une avant-première organisée dans la ville. « Au final, je suis très fière », sourit-elle.

Sirine. DR
Sirine. DR

Elle a de quoi, à écouter par exemple Akram. Celui-ci parle du film comme « une très bonne expérience » et même « une thérapie ». « Le fait de se livrer n’est pas quelque chose que je fais habituellement, raconte ce passionné qui souhaite devenir acteur et réalisateur. Le fait de parler m’a permis d’être plus clair sur certaines choses. Depuis que j’ai fait le film, je me sens beaucoup mieux. » « C’est un très beau film, qui fait passer un très beau message », résume le jeune homme de 22 ans.

Le film bientôt projeté dans les collèges

Un avis partagé par la dynamique Sirine, qui tord le cou à de nombreux clichés sur les jeunes filles voilées. « J’ai accroché toute de suite, sourit la jeune femme de 21 ans. J’avais envie de casser l’image et tous les débats qu’il y a sur le voile. »

L’aventure ne s’arrêtera pas avec la diffusion. Stéphanie Valloatto va en effet présenter « la Cité de l’espoir » dans de nombreux établissements scolaires, avec des projections et des débats.